FED ou BCE, qui va dégainer le premier ? Euro fort ou euro faible, quel est le mieux pour la zone euro ? Deux questions qui illustrent bien l’état d’esprit des opérateurs : peu importe l’état de l’économie, celui des entreprises… l’important est d’affaiblir les monnaies pour entrainer un report des investissements sur des actifs plus rémunérateurs, notamment les actions bourse alors que les entreprises se préparent à affronter la récession !
C’est actuellement le seul principe qui régisse les prises de positions et les mouvements des marchés : particulièrement malsain mais cette tendance est largement “entretenue” par les discours politiques, médiatiquement consensuels alors qu’en toile de fond, la réalité est tout autre. La bataille Merkel contre l’Europe du sud (France inclue) fait rage en coulisses et les déclarations en trompe l’œil qui permettent aux marchés de se rassurer sur la zone euro, seront à double tranchant lorsque les réalités économiques reprendront le dessus : l’Italie et l’Espagne s’enfoncent dans la récession, la France n’y échappera pas selon la Banque de France.
La FED est déjà intervenue à deux reprises sur le marché monétaire – quantitative easing Q1 et Q2 -, avec un succès mitigé mais la situation serait certainement pire si elle ne l’avait pas fait. Le plus important et nous le rappelons depuis 3 mois, malgré son indépendance, la Banque centrale a une marge de manœuvre extrêmement limitée jusqu’aux elections présidentielles américaines. Rappelons également que Ben Bernanke ne cesse de répéter à chacune de ses interventions que dorénavant, ce sont les actions politiques qui permettront de résoudre la crise, la FED n’ayant qu’un rôle de soutien.
En ce qui concerne la BCE, elle est intervenue sur le marché à hauteur de 1000 milliards d’euros à travers ses opérations de LTRO (long term refinancing operations). Ces interventions ont permis d’éviter un credit crunch mais n’ont pas eu d’impact clair sur le financement des entreprises par les banques. Entreprises qui par ailleurs ont de plus en plus de mal à se faire payer… Quoi qu’il en soit, les marchés anticipent de nouvelles actions fortes de la part de la BCE et qui devraient contribuer à l’affaiblissement de l’euro au profit et au renforcement du dollar, si ce dernier n’est pas également dévalué… Pourtant, après les déclarations de Mario Draghi annonçant que la Banque centrale était prête à sortir le bazooka, ce dernier a tempéré ses propos, indiquant, comme son homologue américain, que la balle était maintenant dans le camp des politiques.
Euro fort ou euro faible ?
L’équation est simple, un euro fort favorise les importations au détriment des exportations et alourdi la charge de la dette des états. Un euro faible permet aux états fortement endettés de souffler un peu au niveau de leurs politiques d’austérité et permet par ailleurs de relancer l’activité économique en exportant plus. C’est sur ce concept que les opérateurs tablent en plébiscitant un affaiblissement de l’euro.
Chercher de la croissance à l’étranger en voulant exporter plus est un excellent choix, quand il y a des acheteurs… Hors l’essentiel des exportations européennes sont… intra-européennes. Nous serions donc moins cher pour exporter mais nos principaux acheteurs sont …européens, en récession ou en voie de l’être. Et pour aller plus loin, parmi les exportateurs européens à qui un affaiblissement de l’euro pourrait profiter sur le “grand international”, la France est parmi les pays les moins compétitifs de la zone euro, ce qui limite considérablement l’effet “croissance” d’une devise faible, pour ce qui est du deuxième pilier de l’euro. En ce qui concerne le premier pilier, l’Allemagne, la plupart des économistes anticipent une baisse – déjà sensible – de la demande en biens d’équipement en provenance des pays émergents. C’est ce secteur clé pour le pays qui lui a permit d’afficher une forte croissance en 2011 mais compte tenu de l’effet domino de la crise euro, les émergents commencent à freiner leur équipement.
La tendance sur l’euro est à la baisse
Politiquement, c’est l’Allemagne qui pour le moment tient les rennes de l’euro avec une politique de devise forte. Allemagne qui compte parmi ses alliés des pays comme la Finlande qui joue actuellement le rôle de première ligne et de minorité bloquante dans l’affrontement contre les tenants d’une politique européenne moins austère. Le Président de la BCE ménage la chèvre et le choux mais on peu à priori le classer parmi les alliés de Merkel, avec une influence allemande forte au sein du comité de la Banque centrale. Sur court terme, on peut envisager que les tenants d’une devise faible préparent la rentrée et les derniers avertissements de Mario Monti vont dans ce sens. Le Premier ministre italien (crédité de 30%+ d’avis favorables contre 70% à sa nomination) a en effet déclaré que l’attitude de l’Allemagne allait créer des mouvements de contestation sociale importants dans les pays en difficultés, à commencer par le sien.
La France pourra-telle appuyer les pays du sud comme elle l’a fait avant l’été ? Difficile si l’on considéré que la Banque de France vient de confirmer notre entrée prochaine en récession, avec un déficit (-0.10% PIB) qui ne va pas arranger le budget et les affaires du gouvernement et probablement donner un peu moins de poids à nos revendications.
Que ce soit à travers une intervention de la BCE ou le cours naturel d’une devise dans un contexte critique, il est très probable que l’euro poursuive son repli et franchisse à la baisse les 1.20 (1.23 en ce moment). Si une Banque centrale devait “dégainer” la première, ce serait certainement la BCE et c’est ce qu’anticipent les marchés. Il est à ce jour impossible d’anticiper avec certitude les prochains mouvements de l’euro qui n’évolue plus en fonction de sa valeur intrinsèque mais des différentes interventions des autorités monétaires, elles même très divisées en leur sein. Nous avons cependant l’intime conviction que la monnaie européenne va s’affaiblir considérablement d’ici l’automne et l’analyse graphique de la paire euro/dollar semble confirmer cette perspective. Un mouvement bien entendu suivi par un repli des marchés boursiers qui pourrait se révéler particulièrement violent.
Dernière minute
M. Issing, un des pères fondateurs de l’euro et ancien membre du comité de la BCE, a déclaré récemment qu’il n’y avait aucune raison pour que la Banque centrale intervienne comme l’espèrent les marches, son rôle principal étant de garantir la stabilité des prix et non pas de renflouer les états en difficultés. Meme si Mr Issing n’a plus de fonction exécutive au sein de la BCE, il est très écouté par les opérateurs.

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